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Evatec-tools, le Carburier français qui grimpe- Reportage site Evamet (71)

Evatec-tools, un groupe qui a acquis sa renommée sur la fabrication de ses plaquettes et de ses propres nuances; Carburier français.

01/12/2020

Evatec-Tools: Le carburier français qui grimpe

C'est un groupe qui aime plutôt jouer la carte de la discrétion, mais dont le savoir-faire est solidement ancré dans notre pays. Chose rare : ce fabricant d'outils carbure, qu'ils soient standard ou sur mesure, maîtrise toute la chaîne de production. S'il ne produit pas lui-même ses poudres, il sait les mélanger. Bref, un véritable carburier made in France. Evatec-Tools, c'est d'abord une entreprise, " dont la mutualisation des diverses compétences permet de proposer aux clients une offre personnalisée et optimisée de produits ", se décrit-il, sur son site Internet. En plus de fabriquer des plaquettes en carbure de tungstène, PCD, CBN et céramique, et des pièces d'usure, il réalise des porte-outils standards et spéciaux à fixation mécanique. Sur la carte de France, ses structures de production, réparties du nord au sud, lui assure " une grande réactivité ".

Lorsqu'en 1992, Pascal Jullière fonde sa société, il commence par une activité de négoce en outils coupants. L'année où les Bleus remporteront la Coupe du monde de football, il ouvre des bâtiments à Thionville (Moselle) pour créer une activité de réaffûtage d'outils PCD et CBN, et répondre à une demande d'entreprises locales travaillant principalement pour l'automobile. En intégrant l'affûtage 5 axes, il développe son offre pour les fraises et autres forets étagés.

L'année 2001 marquera la première opération de croissance externe de M. Jullière, avec GMO. Cette entreprise de Montbrison (Loire), fondée au milieu des années 1970, fabrique des outils pour les moulistes, avant de se spécialiser dans les porte-outils et systèmes d'attachements. Son site de production est doté de moyens de tournage CN et de fraisage 5 axes, en plus d'un bureau d'études de près de six personnes. Avec une quinzaine de salariés, GMO propose des têtes de forage de 25 à 350 mm de diamètre, des outils de carottage jusqu'à 700 mm de diamètre, des porte-outils de lamage, entre autres.

En 2004, Evatec-Tools s'empare de Carbex, qui deviendra Evamet, au Creusot. Une entreprise historique de Saône-et-Loire. En 1958, on y fabriquait déjà des outils au carbure de tungstène, derrière les murs et sous une charpente métallique rivetée façon Eiffel, érigés en 1911 et qui abritaient alors la station électrique des Etablissements Schneider. Aujourd'hui, le site creusotin y produit des plaquettes carbure ainsi que des pièces d'usure. " Nous élaborons nos propres nuances. Deux personnes sont chargées de cette activité dans notre laboratoire de métallurgie, où les nuances sont non seulement élaborées mais aussi testées, décrit Benjamin, 38 ans, le fils de Pascal Jullière. Nous faisons nos propres mélanges, nous broyons la poudre de tungstène, nous maîtrisons la granulation. Nous réalisons le pressage, frittage, la rectification, ainsi que les différents revêtements : CVD, TiN, TiNC, PVD et AL2O3. "


Machines Robotisées

Les nouveaux gérants du groupe depuis 2017, Benjamin Julliere et son épouse Kathia Fodil-Lemelin, tout deux fortement impliqué dans l'entreprise depuis un dizaine d'années, nous font une visite guidée des lieux, assez uniques en France. On y trouve un atelier de pressage, avec ses presses à pastiller, où l'on va fabriquer les ébauches. " On va presser des lopins de matière, sous forme de barres, dans une presse isostatique à froid, puis on va les mettre en forme sur des tours CN Somab, avant de les durcir dans l'un des six fours de frittage HIP (Hot Isostatic Pressing, Ndlr) et de déparaffinage. Après, soit c'est rectifié chez nous, soit on fournit le brut à des outilleurs, par exemple ", commente Benjamin Jullière. Les poudres métalliques proviennent d'Eurotungstène, à Grenoble (Isère). " Poudres que la société nous fournit séparément, insiste-t-il. Car, c'est nous qui les mélangeons ensuite. " Un peu plus loin, notre guide nous entraîne dans l'atelier de parachèvement, où s'effectuent les opérations de rodage pour une mise à l'épaisseur des plaquettes. Ici, la rectification périphérique des plaquettes se fait sur des rectifieuses Agathon, des machines 4 axes robotisées.

Evamet, qui emploie 38 personnes, a déjà bénéficié, en 2007, d'un investissement du groupe de 3,4 millions d'euros, " afin de pérenniser l'activité au Creusot, notamment par la maîtrise des nuances micrograins, ce qui nous a permis d'étoffer notre nuancier ", justifie Benjamin Jullière.


Près de 2 millions d'euros d'investissement

La dernière acquisition d'Evatec-Tools remonte à 2009. A Vaulx-en-Velin (Rhône), Create Outillage (19 personnes) fabriquent, sur plan, des outillages destinés aux sociétés exerçant les activités de frappe à froid, à mi-chaud, d'extrusion, de découpe et de formage métallique, dont les ébauches proviennent du site du Creusot. L'entreprise maîtrise un savoir-faire à la fois dans l'électroérosion à fil et par enfonçage, le tournage dur, la rectification plane et cylindrique (interne et externe). Enfin, c'est une filiale commerciale au Québec, le Canada francophone était un marché historique de Carbex, qui est venue s'ajouter aux entités du groupe de Thionville.

La force commerciale du groupe est composée de six technico-commerciaux, dont un au Québec. " Des itinérants qui ont tous un bagage technique et une expérience en atelier. La conjugaison de ces deux capacités est essentielle pour répondre aux demandes de nos clients, demandes qui relèvent souvent du soutien technique et de la mise en route d'outils. ", signale Mme Fodil-Lemelin.

Une nouvelle enveloppe, près de 2 millions d'euros, a permis d'améliorer encore les moyens de production de l'ensemble de ses sites en France. Comme l'achat, pour Evamet, de deux rectifieuses Agathon Combi Plus 4 axes avec système d'avivage de la meule en continue. " Cette opération, réalisée par électroérosion, consiste à mettre les grains d'abrasifs en relief par élimination partielle du liant ", explique Benjamin Jullière. Les nouvelles rectifieuses, dotées d'une meule 400 mm de diamètre, sont équipées d'un robot Scara qui permet d'assurer une autonomie de 15 palettes. Des investissements ont également été réalisés dans des systèmes de finition de traitement d'arête de coupe des plaquettes carbure, afin d'obtenir une finition d'arête plus lisse et un meilleur glissement du copeau.


Rectifier des formes oblongues

En Moselle, Evatec-Tools s'est équipée d'une nouvelle affûteuse 5 axes Saacke robotisée, pour son marché d'outils rotatifs en carbure monobloc, destinés à l'usinage des composites et de matériaux en nid-d'abeilles. Quant à Create Outillage, son atelier a reçu, en février 2017, une nouvelle rectifieuse Studer S31, dont les capacités techniques lui permettent désormais de rectifier des formes oblongues. S'est ajoutée une machine de découpe par électroérosion à fil Robocut Fanuc, de la série Alpha. Enfin, la filiale GMO devrait recevoir, cette année, son quatrième centre de fraisage 5 axes C.B. Ferrari A156, afin d'accompagner la montée en cadence de sa production.
Le renouvellement de ses équipements de production figure dans son plan stratégique, tout comme le déploiement du lean manufacturing, ce qui permet au groupe tricolore de rester toujours compétitif en France, et réactif, dans un marché des outils carbure très concurrentiel.



Evatec-Tools Imagine l'outil de demain

Evatec-Tools est une entreprise qui aime regarder devant, voire même loin devant. Le groupe spécialisé dans la conception et la fabrication d'outils coupants participe, depuis 2015, au LabCom lorrain Lariopac (Laboratoire de recherche et innovation des outils pour les procédés avancés de coupe). Auprès de l'équipe de l'Unité mixte de recherche de l'université de Lorraine et du CNRS, et des experts du Lemta (Laboratoire d'énergétique et de mécanique théorique appliquée) basé à Saint-Dié-des-Vosges, Evatec-Tools travaille sur la création d'une nouvelle génération d'outils capables d'autogérer l'usure pendant le processus d'usinage. Avec ces " Smart tools ", il s'agit de " maîtriser les interactions matériau-produit-procédé régissant le comportement des outils en usinage sous chargement thermomécanique extrême et d'aboutir à la conception d'outils aux nouvelles géométries ", souligne-t-on à la direction de recherche du Lariopac.
Autre projet : Dry to fly. Porté par Mecachrome, à Amboise (Indre-et-Loire), et accompagné par le Cirtes (centre de recherche contractuelle axé sur la fabrication additive et l'usinage avancé, à Saint-Dié-des-Vosges), ce projet de R&D, initié en 2015, vise à réduire de 30 % les coûts de production des pièces de grande taille, en concevant " un nouveau concept de cellule de fabrication soustractive intelligente ", précise le pôle de compétitivité Viameca, l'un des partenaires avec Materalia, EMC2 et le Cetim. Trois voies sont explorées, que détaille le Centre technique des industries mécaniques : une préparation de la matière par un système de découpe 3D innovant, de nouvelles stratégies d'usinage avec une suppression de la FAO, remplacée par les algorithmes de stratoconception (procédé de fabrication additive de type solide/solide) et un pilotage adaptatif, et une assistance cryogénique de l'usinage.